Advo'cast - Le Droit au Micro

Episode 17 - Hélène RATINAUD

Season 1 Episode 17

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Entretien avec Hélène RATINAUD, présidente des cours d'assises du Tarn, de l'Ariège et du Tarn-et-Garonne. 

Dans cet épisode, nous abordons les thèmes de la magistrature et du procès pénal, avec des anecdotes inspirantes et des conseils concrets pour les magistrats de demain. Que vous soyez en route, au travail ou à la maison, branchez vos écouteurs et laissez-vous emporter !

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SPEAKER_00

Advocast, le Dromicro, épisode 17. Bonjour à tous et bienvenue à ce dix-septième épisode de Advocast, le droit au micro. Nous sommes aujourd'hui en présence de madame Hélène Ratineau. Madame, je vous laisse vous présenter.

SPEAKER_02

Bonjour à tous, je suis Hélène Ratineau, je suis magistrat, actuellement en poste à la Cour d'appel de Toulouse et affectée à la présidence des cours d'assises dites extérieures de la Cour d'appel de Toulouse, c'est-à-dire les cours d'assises du Tarn, du Tarn-et-Garonne et de la Pariez-je

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Est-ce que vous pourriez nous parler de votre parcours, qu'il soit professionnel, universitaire ou simplement votre

SPEAKER_02

parcours de vie

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, je vais commencer par le début, mon parcours universitaire. Donc, j'ai été étudiante à la faculté de droit de Toulouse de 1985 à 1989 j'ai suivi, à l'époque, il y avait le DEUG, la licence et la maîtrise et le DEA. Donc, j'ai fait une licence de droit privé général, suivie d'une maîtrise en droit privé et d'un diplôme d'études approfondies DEA en sciences criminelles. Parallèlement à mes études de droit, j'ai été étudiante à l'Institut d'études politiques de Toulouse pendant trois ans. J'ai ensuite préparé le concours de l'École nationale de la magistrature que j'ai passé en 1990 et j'ai intégré l'école, la promo, en 1991. J'ai suivi le cursus de l'école sur une période de 31 mois. J'ai ensuite pris mes premières fonctions en septembre 1993 comme juge d'instruction. J'ai été affectée au tribunal de grande instance de Bergeron je suis restée jusqu'en 1996. Au mois de septembre 1996, j'ai été affectée au tribunal d'instance de Castres, j'ai exercé les fonctions de juge d'instance jusqu'au mois de septembre 2001, donc 5 ans. Et en septembre 2001, je suis revenue à mes premiers amours, c'est-à-dire à l'instruction, et donc j'ai pris le poste de juge d'instruction au tribunal de grande instance de Castres, jusqu'au mois de février 2009. Au mois de février 2009, j'ai été mutée à la cour d'appel de Toulouse comme juge placée. Donc juge placée, c'est juge remplaçant pour pallier au manque de magistrats et pour remplacer les collègues malades. Donc j'y suis restée jusqu'au mois de septembre 2013. Dans le cadre de cette période de presque 4 ans, j'ai siégé au procès AZF comme magistrat remplaçant. J'ai ensuite remplacé un collègue juge d'instruction à Albi et j'ai aussi été affectée à la Chambre des appels correctionnels de la Cour d'appel de Toulouse, c'est-à-dire amenée à juger en appel les décisions qui avaient été rendues par les tribunaux correctionnels du ressort de la Cour d'appel de Toulouse. Au mois de septembre 2013, j'ai été nommée juge des enfants à Albi, je suis restée jusqu'au mois de septembre 2020. Et en septembre 2020, j'ai rejoint le poste que j'occupe actuellement. Dans un premier temps, j'ai de nouveau été affectée à la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Toulouse. Et depuis le mois de septembre 2022, j'occupe les fonctions de président de cour d'assises à l'extérieur de la Haute-Garonne, c'est-à-dire le Tarn dans les Garonnes et la Riège.

SPEAKER_01

Est-ce

SPEAKER_02

que cette profession de magistrat a toujours été une vocation pour vous

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

et ensuite j'ai toujours eu comme objectif de vouloir être magistrat. Alors je voulais d'abord être juge d'instruction puisque j'étais passionnée par les enquêtes policières. J'ai eu ma période adolescente j'ai voulu être juge des enfants et ensuite je suis revenue au droit pour être juge d'instruction en fonction que j'ai eu la chance de pouvoir exercer dès ma sortie de l'école.

SPEAKER_01

Et concernant les difficultés que vous avez rencontrées, quelles sont-elles dans votre

SPEAKER_02

parcours

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Je dirais que je n'ai pas rencontré de difficultés particulières dans la mesure j'étais rentrée en faculté de droit pour passer le concours de la magistrature. C'était mon objectif et je me suis donné les moyens de le réussir. J'ai juste eu un petit écart après mon bac, puisque j'avais fait un bac scientifique, un bac C à l'époque, maths physique, et mes professeurs considéraient qu'aller à la faculté de droit c'était pas très logique par rapport au bac que j'avais, donc je suis allée m'égarer un an en prépa au lycée Fermat pour préparer les écoles de commerce, mais je suis vite revenue à ce pourquoi j'étais là, c'est-à-dire le

SPEAKER_00

droit. Donc votre parcours a traversé plusieurs fonctions très différentes, comme vous l'avez évoqué, donc juge d'instruction, juge des enfants, et enfin présidente de la cour d'assises. Alors est-ce que vous aviez une trajectoire en tête, ou c'était le construites au fil des expériences, est-ce qu'il y aurait, après toutes ces expériences-là, quelque chose qui ait fait que votre manière de juger ait changé

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors je dirais que, comme je l'ai dit tout à l'heure, moi je voulais être magistrat d'abord pour être juge d'instruction, donc j'ai pu exercer dès ma sortie d'école la fonction de juge d'instruction. Et ensuite si on regarde mon parcours, à l'exception des cinq années que j'ai passées au tribunal d'instance de Castres, j'ai exercé des fonctions plus civilistes, mon parcours est fait de fonction pénale. Et donc la logique, après avoir exercé des fonctions de... de juge d'instruction c'est d'arriver à la présidence de la cour d'assises donc il est évident quand je suis rentrée à l'école je n'imaginais jamais pouvoir être un jour président de cour d'assises mais c'est un petit peu la logique de mon parcours après je pense que le passage comme juge des enfants qui m'a aussi construit en tant que président de cour d'assises surtout dans ma relation aux autres.

SPEAKER_01

Le côté humain

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Voilà, surtout, je sais que ça fait partie des sujets sur le côté humain, effectivement.

SPEAKER_01

D'accord. Maintenant, concernant votre position actuelle de présidente de cour d'assises, est-ce que vous pourriez nous parler en quoi consiste le plus clair de votre activité, c'est-à-dire votre journée type, les activités régulières que vous effectuez

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, il faut savoir que la cour d'assises est une juridiction qui ne siège pas de manière permanente. Voilà, les cours d'assises siègent par session. Donc, j'ai deux grands temps dans mon activité de tous les jours, le temps de la préparation des dossiers et le temps de la tenue des sessions. Donc, il faut savoir qu'on a à peu près un temps équivalent de préparation que la durée prévisible de la session. Par exemple, je sors d'une session de trois semaines sur le Tarn, j'ai eu trois semaines pour préparer les dossiers. Donc, Quand je prépare les dossiers, c'est une lecture approfondie des dossiers, c'est organiser l'audience. Donc ça, je le fais chez moi à mon rythme. Et ensuite, il y a les 2 ou 3 semaines de session là, ce sont des audiences le matin et l'après-midi sans pause.

SPEAKER_00

Alors pourquoi avoir choisi plutôt d'exercer les fonctions du siège plutôt que celles du parquet

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, c'est un peu la logique de ce que je viens d'indiquer, dans la mesure je voulais être juge d'instruction au départ. Et donc là, nécessairement, ce sont des fonctions du siège. C'est absolument pas pour des raisons de statut, parce que la question pourrait se poser, que je n'ai pas voulu exercer des fonctions de parquet, mais ce n'est pas nécessairement les fonctions qui m'intéressaient le plus. Et par ailleurs... J'ai une petite préférence pour le positionnement du magistrat du siège qui est pour prendre la décision finale. Puis j'avoue qu'à titre personnel, je ne suis pas vraiment très aguerrie à l'exercice des réquisitions orales à l'audience. Donc je n'avais pas une appétence particulière pour cet exercice.

SPEAKER_01

On peut voir qu'aux yeux du grand public, il existe toujours une certaine confusion quant à la différence entre les fonctions du juge d'instruction et celles du juge aux assises. Est-ce que vous pourriez expliquer ces deux fonctions distinctes et quelles sont selon vous les principales différences entre instruire une affaire et la juger aux

SPEAKER_02

assises

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors c'est deux fonctions complètement différentes mais qui sont liées l'une à l'autre donc le juge d'instruction c'est celui qui va préparer le dossier en vue du jugement devant la cour d'assises donc il est pour apporter des éléments d'enquête pour compléter le dossier et ensuite évaluer s'il y a suffisamment de charges contre la personne qui est mise en examen à ce moment-là pour qu'ensuite elle puisse comparaître devant la cour d'assises. La cour d'assises, elle, elle va prendre la décision, elle va se prononcer sur la culpabilité et sur la peine en fonction des éléments qui auront été exploités par le juge d'instruction en amont et l'exercice de jugement va être de savoir si les éléments suffisants au moment de l'appréciation par le juge d'instruction des charges peuvent constituer des éléments de preuve suffisants pour ensuite conduire à la culpabilité. Mais tout le travail d'enquête doit être fait en amont par le juge d'instruction. Pour les gens qui ont l'habitude de faire du civil, le juge d'instruction c'est un peu le juge de la mise en état des dossiers en matière pénale et ensuite la cour d'assises va prendre la décision au vu des éléments qui ont été recueillis par le juge d'instruction.

SPEAKER_00

Comment accompagne-t-on les jurés qui ne sont pas des professionnels du droit dans des décisions qui sont aussi lourdes

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors les jurés, d'abord, il faut les rassurer. Ensuite, juger, c'est un métier. Donc il faut leur apporter aussi les éléments, les outils techniques qui leur permettront de prendre la décision dans les meilleures conditions possibles. Donc on est pour répondre à leurs questions et les accompagner d'un point de vue technique.

SPEAKER_01

Au cours de votre activité, vous êtes en lien avec de nombreuses professions, et puis trois de moins avec les magistrats du parquet. Comment décririez-vous ces relations de travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, les magistrats du parquet ont la même formation que nous, et sont à les mêmes locaux que nous, sortent de la même école que nous, donc tous les jours, ce sont des collègues. Ensuite, quand on préside la cour d'assises, on se doit d'une impartition Partialité toute particulière. Quand j'ai des relations avec les collègues du parquet, je me dois d'avoir les mêmes relations avec les avocats des partis civils et de la défense. Il n'y a pas de relation privilégiée avec le parquet parce que ce sont des magistrats comme nous. Chaque fois que je vais m'adresser au parquet, je vais aussi m'adresser de la même façon et dans les mêmes termes aux autres avocats.

SPEAKER_01

Et comment s'articulent justement ces relations entre

SPEAKER_02

magistrats, avocats et autres

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors par rapport à l'impartialité, le président de la Cour d'assises se doit d'avoir le moins de relations possibles en amont du procès. Comme je viens de le dire, s'il y a des relations avec les avocats, il y a nécessairement des relations avec tous les avocats et avec le parquet. Et ensuite, à l'audience, si pour une raison ou une autre, il y a des incidents d'audience ou des demandes particulières, c'est toujours traité en présence de toutes les autres parties. Le président de la Cour d'Assise ne peut absolument pas avoir de relations privilégiées ou dialoguer avec une seule

SPEAKER_00

des parties. Est-ce que vous diriez que le président de la Cour d'Assise est un magistrat plutôt solitaire

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Très solitaire, oui. Très solitaire. Et il se doit de l'être pour rester le plus impartial possible.

SPEAKER_00

Ainsi, le droit et les besoins criminogènes sont mouvants. Alors comment parvient-on à se tenir à

SPEAKER_02

jour

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors ça, effectivement, c'est une bonne question. On a un droit aujourd'hui qui est très insécurisant puisqu'il change tous les tous les quatre matins. Donc on a des organismes qui assurent une veille juridique. Donc on est tenu institutionnellement au courant des principales réformes. Et ensuite, il faut systématiquement avoir le réflexe d'aller vérifier les textes. Chaque fois qu'on applique un texte, aller vérifier si c'est la bonne version qu'on applique, puisqu'il y a la difficulté du texte applicable présentement. Mais on est parfois amené à juger des affaires qui sont anciennes, avec des textes qui ont été modifiés. Et on se doit à chaque fois d'aller vérifier quel était le texte applicable à la période des faits. Donc ça implique une rigueur et de s'obliger d'aller vérifier systématiquement. Aujourd'hui, avec les outils Internet et autres dont nous disposons, c'est quand même beaucoup plus facile qu'à une époque.

SPEAKER_00

Et pour rejoindre effectivement ce que vous dites, l'essor du numérique et notamment des réseaux sociaux impactent-ils la commission d'infraction, selon

SPEAKER_02

vous

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, au niveau des cours d'assises, je n'ai rien repéré. On est quand même sur des infractions assez classiques. Je ne dirais pas la même chose des collègues qui jugent les tribunaux correctionnels là, effectivement, je pense que ça a un impact sur certaines infractions et puis surtout que ça a donné lieu à la création de nouvelles infractions. Mais sur la cour d'assises, on est peu impacté.

SPEAKER_01

Vous êtes souvent confrontée à des situations sensibles, inhérentes à la matière pénale. Comment parvenez-vous à vous détacher des scènes difficiles ou marquantes auxquelles vous auriez pu être confrontée au cours de votre journée de travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Bonne question aussi, souvent posée, notamment par les jurés. Je dirais qu'avant tout, juger, c'est un métier. On est des techniciens et la technique nous permet de nous protéger. pour autant on reste des humains et on peut être affecté par des situations particulières qui vont parfois nous ramener à notre propre histoire donc on apprend à prendre la distance et puis on a aussi des psychologues à notre service pour éventuellement nous accompagner en cas de difficulté mais c'est vrai que quand on est en posture de juger qu'on a une robe, qu'on est à l'audience. Il y a une solennité qui fait que ça met quand même une distance par rapport au fait qu'on est amené à juger.

SPEAKER_00

Vous avez été confronté à des mineurs, des victimes, des accusés. Qu'est-ce que ces expériences vous ont appris sur la nature humaine

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, en une phrase, je dirais que l'homme est capable du meilleur comme du pire. pour autant je crois qu'il faut garder une vision optimiste de l'être humain en tout cas c'est ma position et je pense que malgré les horreurs que certains peuvent commettre il y a toujours du bon dans l'être humain après juger c'est essayer de comprendre et lorsqu'on décortique les dossiers devant les cours d'assises puisque l'objectif c'est quand même d'aller très loin dans l'analyse des personnalités et des faits, on se rend compte en général qu'il y a toujours un petit grain de sable dans le parcours d'une vie qui va expliquer pourquoi une personne parfaitement intégrée et qui n'a jamais fait parler d'elle jusque-là va commettre parfois l'irréparable.

SPEAKER_00

Alors comment vous parvenez à concilier fermeté et humanité

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, fermeté, c'est autorité

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Oui, plutôt. Oui, plutôt, dans ce sens-là. Bon, alors, on peut... Pour moi, l'autorité, elle peut s'exprimer par le respect, ce qui est en lien avec l'humanité. Donc, déjà, on est dans une position d'autorité légitime, puisqu'on est en position d'être juge. Donc, c'est déjà un premier rempart d'autorité. Mais je pense qu'on On peut tout dire aux gens, même des choses très désagréables, à partir du moment on les respecte. Et ça fait aussi partie de

SPEAKER_01

l'humanité. On sait très bien que les procès d'assises sont parfois longs et très médiatisés. Comment faites-vous pour garantir la sérénité des débats dans de telles conditions

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, la sérénité des débats, aussi, on revient toujours, on est des professionnels, on a des outils, on a un code de procédure pénale qui pose quand même les règles du procès pénal et à partir du moment une partie sort de ces règles, on peut utiliser les dispositions du code de procédure pénale pour reposer les règles du procès pénal. Ce n'est pas nécessairement la La médiatisation qui va faire que les débats ne sont pas sereins. On a parfois des dossiers non médiatisés, mais qui ont des débats qui sont loin d'être sereins. Après, on rappelle les règles du code de procédure pénale et les règles de la déontologie de chacune des professions, puisque que ce soit les avocats ou les magistrats, on a des règles de déontologie à respecter, avec des sanctions ensuite qui peuvent... être prononcée si ça va trop loin.

SPEAKER_00

L'actualité juridique fut quelque peu animée dans le Tarn en septembre dernier, en raison notamment du procès de Cédric Jubilard, qui a été condamné en octobre 2025 à 30 ans de réclusion criminelle pour meurtre, verdict faisant l'objet d'un appel. Cette affaire a eu, dès son instruction, un retentissement médiatique très important, aussi bien au niveau local qu'au niveau national. Vous attendiez-vous à une telle médiatisation de l'affaire

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors oui, la médiatisation, elle était largement annoncée, puisque l'affaire avait déjà été très médiatisée au niveau de l'instruction. Donc on savait très bien que le procès allait être encore plus médiatisé, puisque là, on était sur un procès qui devenait public. Et par ailleurs, il faut savoir que tous les journalistes qui veulent intervenir en tant que tels dans un procès doivent tenir des accréditations. Et on savait qu'il y avait... Un nombre important de journalistes de la presse nationale qui avaient sollicité une accréditation. Donc ça n'a pas été une surprise.

SPEAKER_01

Selon vous, est-ce que la médiatisation des affaires criminelles est un frein au bon fonctionnement de la justice

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, le principe en droit pénal, c'est que les débats sont publics. Donc, à partir du moment les débats sont publics, la médiatisation, elle va faire partie de cette publicité. Nous, les magistrats professionnels, on a l'habitude de tenir la presse loin de nous et de ne pas juger par rapport aux attentes de la presse. Quand on est avec des jurés, c'est beaucoup plus compliqué, mais en général, quand le Donc quand on leur explique que sur une affaire particulière, il va y avoir de la médiatisation, puis même sur des affaires plus banales, on les invite vivement à ne pas lire les articles de presse le temps du procès pour ne pas être influencé par des propos qu'ils pourraient y lire.

SPEAKER_01

Donc selon vous, cette médiatisation ne crée pas réellement davantage au profit d'une partie ou de

SPEAKER_02

l'autre

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors non, il n'y a pas une partie qui est susceptible d'être plus davantage que l'autre.

SPEAKER_00

Vous l'avez un petit peu évoqué, mais comment parvient-on alors à se défaire de la pression qu'exercent les médias et comment cette pression médiatique influence-t-elle concrètement votre travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

si on pense que ce qu'on va y voir est de nature à nous influencer. Donc c'est silence radio.

SPEAKER_01

Le sujet de l'intime conviction a été énormément abordé au cours du procès. Est-ce que vous pourriez nous expliquer, à nous et à nos auditeurs, quel est ce principe

SPEAKER_02

fondamental

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ce principe s'applique à tous les procès, puisque ça fait partie des éléments qui sont lus aux jurés avant de partir en délibéré. Comment définir l'intime conviction

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

L'intime conviction, ce n'est pas simplement une opinion qu'on peut avoir ou ce n'est pas une intuition qu'on peut avoir, mais c'est une conviction profonde que l'on va acquérir à l'issue des débats. Pour avoir son intime conviction, on va se fonder sur les éléments qui auront été débattus contradictoirement à l'audience, en sachant qu'il faut cumuler l'intime conviction avec l'obligation de motiver les décisions, puisque devant la cour d'assises, on est obligé de motiver les décisions, que ce soit de culpabilité ou de peine. Donc on ne peut pas effectivement motiver sur une simple idée ou une simple intuition qu'on aurait eue à un moment donné.

SPEAKER_00

La cour d'assises fascine énormément mais reste souvent mal comprise. Qu'aimeriez-vous que le grand public comprenne mieux

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Pensez-vous que la justice est aujourd'hui suffisamment accessible et compréhensible pour les citoyens

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, moi, je ne peux qu'inviter les citoyens à venir assister à des audiences de la cour d'assises pour mieux connaître et comprendre le travail que l'on y fait et ne pas se contenter des résumés qui sont faits dans la presse le lendemain. La plus belle expérience, c'est d'être un jour juré, avoir la chance d'être tiré au sort sur les listes électorales. Malheureusement, il n'y a pas beaucoup de citoyens qui ont cette chance. Je crois qu'il faut venir au procès et voir tout ce qui s'y passe et regarder l'intégralité d'un procès, assister à l'intégralité d'un procès.

SPEAKER_01

Concernant le déroulement des procès, est-ce que, selon vous, il existe une réelle imprévisibilité

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Et si oui, comment se manifeste-t-elle

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

alors l'imprévisibilité bien sûr qu'elle existe quand on est avec des jurés parce que quand on délibère on leur apporte un certain nombre d'éléments techniques et après c'est eux qui sont souverains dans leurs décisions donc effectivement il peut arriver qu'on n'ait pas du tout imaginé que l'affaire pouvait se terminer de cette façon

SPEAKER_00

et que pensez-vous des diverses attaques concernant l'inefficacité de la justice, sa lenteur ou encore des potentiels acharnements sur certaines infractions plutôt que d'autres

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, j'avoue que le terme inefficacité, je ne sais pas trop dans quel sens vous l'entendez. Ce n'est pas moi qui le dis, sachez-le. Alors, après la lenteur, je pense qu'effectivement, c'est reconnu par tous. Après, cette lenteur, elle s'explique par plusieurs... éléments, c'est qu'on est dans une société qui judiciarise de plus en plus les conflits, on est dans une société aussi très fréquemment, il y a comme réponse à un fait de société une nouvelle loi, donc ça augmente les possibilités de venir devant le juge. On a des procédures, et vous étudiants, vous le savez, qui sont de plus en plus complexes, donc qui rallongent d'autant les délai de jugement. Donc ça fait partie des éléments qui expliquent la lenteur de la justice. Alors ensuite, s'agissant des acharnements sur certaines infractions. Alors acharnement, aussi, c'est peut-être un peu excessif, mais en tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il y a des choix de poursuites pénales qui sont faites par le parquet, en fonction des des besoins de la société en fonction des attentes de la société, ce qui fait qu'à un moment donné, on va avoir un curseur qui va être plus sur la poursuite de certaines infractions au détriment d'autres. Ce sont des choix de politique pénale.

SPEAKER_01

Actualité oblige. Que pensez-vous de la réforme d'Armana avec le principe du plaidé coupable

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Est-ce que cela change réellement le rôle d'une cour d'assises,

SPEAKER_02

selon vous

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors le rôle de la cour d'assises, ça va le changer, puisque si cette procédure est adoptée, il n'y aura plus de cour d'assises sur ces dossiers-là. Ensuite, je pense que cela ne va concerner qu'une très faible partie des dossiers qui en réalité sont jugés par les cours criminels ou les cours d'assises, puisque par définition il faudra qu'on ait un accusé qui reconnaisse sa culpabilité dans les termes de la poursuite, ce qui est quand même relativement rare devant les cours d'assises. Après, tout dépend de l'utilisation qui va en être faite ponctuellement. Ça peut être utile à une victime qui n'a pas envie de venir s'exprimer une énième fois devant une cour d'assises, d'éviter d'être confrontée à cette situation-là. Donc l'idée en elle-même, elle n'est pas... Elle n'est pas mauvaise, elle peut se justifier, mais après, c'est toujours pareil. Comment ça va être utilisé

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Pour moi, c'est un outil parmi tant d'autres, mais je ne suis pas certaine que ça va régler les problèmes de la lenteur de la justice et des délais de jugement.

SPEAKER_00

Les attentes de la société envers la justice évoluent. Comment la Cour d'Assise s'adapte-t-elle à ces évolutions

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

La cour d'assises en elle-même, elle ne s'adapte pas à ces évolutions. Après, on voit dans les décisions qui sont rendues par les cours d'assises une accentuation de la répression. Donc peut-être que ça correspond à une attente de la société les faits aujourd'hui sont punis plus sévèrement qu'à une certaine époque. En tout cas, certaines infractions, ça c'est sûr. Donc ça doit correspondre à une certaine attente de la société, puisque ce sont les citoyens qui prennent la décision.

SPEAKER_01

À l'issue de l'école de la magistrature, vous sentiez-vous prête à affronter le monde du travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Oui. Oui, parce que la formation à l'école de la magistrature est une formation qui est extrêmement sérieuse, qui est longue, qui était à mon époque de 31 mois, et je crois que c'est toujours le cas. Pendant ces 31 mois, on a des données théoriques, mais aussi on a beaucoup de stages en juridiction on est mis en situation au quotidien, ce qui fait qu'au bout de 31 mois, après une formation universitaire quand même qui est solide, oui, je pense qu'on est en mesure de prendre ses fonctions sans trop d'appréhension.

SPEAKER_01

Et même si cette formation était très complète, est-ce que vous auriez aimé savoir quelque chose avant de prendre vos fonctions

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

J'estimais être prête pour prendre mes fonctions, puisque j'ai indiqué au début que j'avais commencé mes fonctions comme juge d'instruction. J'avais passé plusieurs mois avec un collègue juge d'instruction en doublure, donc j'avais quand même été confrontée à un certain nombre de situations. Et puis je savais que s'il y avait une question, je pourrais le solliciter et il me répondrait sans aucune difficulté.

SPEAKER_00

Selon vous, est-il nécessaire pour un étudiant d'envisager dès le début de son parcours universitaire Alors

SPEAKER_02

je pense que c'est compliqué, surtout quand on commence des études en droit, parce que finalement on a peut-être, quand on commence des études en droit, une idée un peu rétrécie de tout ce à quoi le droit peut conduire. Après on se rend compte qu'il y a beaucoup de possibilités, donc je pense qu'on peut très bien commencer des études en droit sans savoir ce qu'on veut faire après. Par contre, j'aurais tendance à dire si... On n'exclut pas notamment la magistrature comme possibilité, c'est quelque chose qu'il faut avoir en tête assez tôt, parce que le concours est difficile et il ne se prépare pas dans les six mois précédents les épreuves, mais il se prépare, à mon avis, le temps de ses études, donc plus tôt on y pense, mieux c'est.

SPEAKER_01

Selon vous, comment cela se passe lorsqu'on est jeune magistrat et qu'on le préside pour la première fois

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors comme je le disais tout à l'heure, on a déjà présidé en doublure avec un collègue magistrat. Donc effectivement, on a toujours une petite appréhension. C'est normal, mais je vous rassure, l'appréhension, on la garde toute sa carrière de magistrat. On ne va jamais à l'audience sans avoir un petit pincement à l'estomac. Donc quand on Donc au début, on est humble, mais on est équipé pour commencer.

SPEAKER_00

Si vous aviez un conseil à donner aux étudiants qui vous écoutent, quel serait-il

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Le métier magistrat est un très beau métier. Je l'exerce depuis plus de 30 ans sans aucun regret, même si les conditions ne sont pas toujours faciles.

SPEAKER_00

Vous leur conseillerez concrètement pour un étudiant qui souhaite être magistrat demain, qui doit beaucoup travailler, je suppose

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Beaucoup de travail pour y arriver et beaucoup de travail quand on y est. Il faut savoir qu'il y a les 35 heures qu'on ne connaît pas. Au-delà du temps de travail, ce sont des métiers à responsabilité et qui envahissent ça dans l'esprit, c'est-à-dire que même si on est en congé, il peut y avoir des situations auxquelles on pense, c'est la nuit, le jour.

SPEAKER_00

Et alors, comment vous vivez-vous cette omniprésence de votre profession au quotidien

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Après, le temps passant, on arrive à mettre des mécanismes de défense qui font qu'on essaie de s'occuper l'esprit avec d'autres choses qui nous intéressent.

SPEAKER_01

Très bien. Et enfin, pour conclure, s'il était possible de réaliser un épisode avec la personne de votre choix, qu'elle soit accessible ou non, qui serait-elle et

SPEAKER_02

pourquoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, c'est question... question difficile. Alors, moi, j'ai pensé tout naturellement, parce que j'ai acheté son livre et qu'il faut que je le lise, à Jean-Louis Périès, qui est un ancien président de la Cour d'Assise de Paris, qui a notamment présidé les attentats de novembre 2015 à Paris. Donc, il a été amené pendant neuf mois à gérer une audience de Cour d'Assise. Et c'est vrai J'aimerais bien échanger avec lui pour savoir comment on arrive à gérer une telle audience sur tant de temps. C'est vrai que pour moi, c'est une curiosité.

SPEAKER_00

Il sait peut-être qu'un jour, nous pourrons l'interviewer. En tout cas, pour le moment, on vous remercie beaucoup, Hélène Ratineau, pour votre temps et pour vos réponses.

UNKNOWN

Merci beaucoup. Merci à vous.

SPEAKER_00

Au revoir. Advocats, c'est un podcast produit par des étudiants à l'intention des étudiants en recherche de réponses afin de leur permettre de toucher de plus près les métiers du droit. AdvoCast est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Pour soutenir notre projet, vous pouvez partager, en parler autour de vous et plus simplement nous écouter.

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